La parole à Lucie Veaudecranne (CEMEA) et Florent GUERIF (Unis-Cité)

Publié le : 22 août 2017

La parole à Lucie Veaudecranne (CEMEA) et Florent GUERIF (Unis-Cité)

Au printemps, CEMEA Pays de la Loire, Unis-Cité Maine-et-Loire et la Fé2A organisaient avec le Conseil de développement une grande opération[1] sur le campus Belle-Beille et dans les rues d’Angers pour recueillir la parole des jeunes Angevins sur le développement durable. Lucie Veaudecranne, responsable des CEMEA du Maine-et-Loire et Florent Guérif, chargé de mission service civique à Unis-Cité Maine-et-Loire, sont tous les deux impliqués depuis plusieurs mois dans la commission « Angers, une métropole face à ses défis ». Avec une trentaine d’autres membres, il se sont fixé l’objectif ambitieux d’identifier les conditions nécessaires et les freins à lever pour que les solutions concrètes permettant de faire face aux défis climatiques et leurs conséquences économiques, sociales, démographiques, en particulier puissent être mises en œuvre.

 

Le développement durable est-il au cœur des aspirations des jeunes de la génération Z ?

Lucie Veaudecranne : La question du développement durable fait partie des préoccupations des CEMEA et les jeunes qui viennent se former chez nous y sont eux aussi sensibilisés notamment lors de nos formations. Les étudiants rencontrés à Belle-Beille étaient très conscients de ce qu'ils mettaient en place dans leur quotidien concernant le développement durable, ce qui était moins le cas des jeunes croisés dans le centre-ville. Je remarque surtout que les actions menées ont permis de sensibiliser, de se poser la question de ce qu'ils réalisent. Les jeunes interrogés dans les rues ont avant tout apprécié qu’on leur demande leur avis, qu’on les questionne sur les améliorations possibles. J’ai senti chez beaucoup le désir que leur avis puisse être pris en compte sur les questions qui concernent leur avenir ou celui des générations d’après.

Florent Guérif : Unis-Cité met en place des missions de Service Civique en lien avec le développement durable, comme le projet MédiaTerre ou encore le Programme Volontaires de la Transition Energétique qui va débuter cette année sur Angers. Les jeunes que nous accueillons sont à l’image de la diversité de la population de notre société et se sentent concernés à diverses échelles selon leur parcours, leur niveau scolaire, leurs expériences professionnelles. Une constante reste tout de même : tous les jeunes en ont entendu parler à un moment de leur vie, notamment au travers de l’école. Tous agissent à leur manière, notamment sur des gestes simples, devenus des automatismes, comme le tri des déchets. Donc dire que le développement durable est au cœur des aspirations de la génération Z est peut-être un peu trop, mais il est rentré dans les mœurs. Cependant, les jeunes portant des actions sur le développement durable en ressortent beaucoup plus sensibilisés, convaincus et investis, avec de vrais changements de comportements.

 

Selon vous, qu’est-ce qui motivent les jeunes que vous côtoyez dans vos structures comme ceux que vous avez interrogés dans les rues d’Angers à être des citoyen.ne.s actif.ve.s au service du développement durable ?

LV : Les jeunes qui fréquentent notre association réalisent souvent déjà de nombreuses actions personnelles : tri, achats de produits locaux, covoiturage, compost… J'ai été surprise que les réponses des jeunes rencontrés dans la rue ou à l'Université posent le fait que la mobilisation passe par des actions collectives, par exemple sur une journée. Ils ont envie d'agir, mais pas seul, avec quelque chose ou quelqu'un pour motiver, entraîner. Et ils ont besoin de voir que leur mobilisation sert à quelque chose, la notion de « gain » ou de « récompense » semble importante pour qu’ils passent à l’action : « je trie plus que mon voisin, je devrais en être récompensé.e ».

En dépit d’une réelle envie de laisser une terre plus propre avec un développement raisonné pour les générations futures, beaucoup ne savent pas forcément dans quel domaine agir en priorité. Le thème du tri sélectif a beaucoup été cité, parce que les collectivités agissent dans ce domaine depuis un moment. Par contre, ils ont souvent l’impression que les efforts fournis ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan, pas pris en compte, voire inutiles.

FG : Le collectif. Aujourd’hui, nos jeunes engagés en Service Civique éloignés de ces questionnements se retrouvent mobilisés et investis sur cette thématique grâce à la force du collectif. Cette idée de ne pas agir seul est énormément ressortie des rencontres que nous avons faites dans la rue. Faire ensemble permet de se mobiliser plus facilement, de donner du sens à son action et d’avoir l’impression d’agir pour quelque chose. Le sentiment d’impuissance, qui revient souvent dans la bouche des jeunes, est un frein. Quoi qu’ils fassent pour le développement durable, ils ont l’impression d’aller à contre-courant des pouvoirs économiques et politiques, ce qui peut expliquer un certain découragement de leur part.

 

Quels enseignements tirez-vous de cette action de terrain commune ?

LV : J’ai constaté avec satisfaction que les jeunes ne sont absolument pas indifférents à cette question. Le simple fait de les interroger sur ces sujets leur permet souvent de prendre conscience de leur pratique et de voir ce qu'ils peuvent encore améliorer. Il est très important de sensibiliser dès le plus jeune âge, notamment aux écogestes, mais il est aussi nécessaire de sensibiliser les pouvoirs publics, les entreprises, les agriculteurs… qui ont un impact écologique bien plus important que le simple citoyen. Un quart des jeunes interrogés nous ont dit qu’ils n’avaient l’impression d’entendre parler de développement durable qu’en période pré-électorale. Or ils ont envie que des actions soient massivement mises en œuvre par tous ceux en capacité d’agir, à commencer par le gouvernement, pour améliorer la qualité de vie, l’environnement et notre façon de produire.

FG : J’ai été ravi et rassuré de voir que cette question interroge et intéresse les jeunes. Encore mieux, ravi de voir leur engouement lorsqu’on leur donne la possibilité de s’exprimer, de partager leurs idées. Le travail fait depuis plusieurs années dans les écoles et associations sur cette thématique doit continuer. Les échanges nous ont montré l’impact que cela pouvait avoir sur une génération complète. Mais il ne faut pas oublier d’étendre la sensibilisation au grand public.

Un point qui m’a tout de même surpris est qu’à l’ère du numérique et du collaboratif, beaucoup de jeunes se posent la question individuellement, de comment agir collectivement. La rencontre humaine reste plus qu’importante pour mobiliser, d’autant plus quand cela permet de s’exprimer et de contribuer à l’évolution des politiques publiques et du monde économique. Pour que les jeunes puissent relever les défis de demain, il faut continuer à soutenir et valoriser le monde associatif et le Service Civique.

 

Votre structure en quelques mots :

Les CEMEA Pays de la Loire (Centres d'Entrainement aux Méthodes de l'Education Active)

Mission(s) principale(s) : Mouvement d'éducation populaire réalisant des formations liées à l'animation, l'éducation...

Implantation : Organisation régionale avec des antennes départementales notamment une sur le Maine et Loire

Actions : Formations des assistantes maternelles. Formation à l'animation des jeunes (BAFA – BPJEPS) et des adultes (DEJEPS- DESJEPS…). Actions dans le secteur de la santé, de la psychiatrie et des actions sociales auprès de personnes vieillissantes ou en situation de handicap. Education relative à l'environnement

Nombre de bénéficiaires : 4000 jeunes / an dans les Pays de la Loire (environ 600 uniquement en Maine-et-Loire) accueillis en stages, services civiques, temps de vie associative, regroupements...

 

Unis-Cité Maine-et-Loire

Mission(s) principale(s) : Association de promotion et d’organisation du Service Civique

Implantation : Association nationale ayant une antenne sur Angers

Actions : Organisation et encadrement de missions de Service Civique pour des jeunes de 16 à 25 ans issus de tout milieu, en collectif, en réponse à de grands enjeux sociétaux, nationaux et locaux. Promotion du Service Civique, information, conseil et accompagnement de structures et établissements souhaitant accueillir des jeunes en Service Civique. Formation en direction des jeunes et des tuteurs

Nombre de bénéficiaires : 80 jeunes en Service Civique sur Angers et 20 sur Saumur par an qui agissent auprès d’un public large et varié au travers des missions qu’ils portent.

 


[1]    Une enquête menée en face à face sur le campus et dans les rues de Belle-Beille le mardi 16 mai 2017, une action « Porteur de parole » organisée Place du Ralliement le mercredi 17 mai 2017 et un témoignage-vidéo réalisé par Unis-Cité Maine-et-Loire auprès des jeunes en service civique.

PMLA OUEST 2016 CS6 02

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